Borne au Lion : histoire, localisation et visites

La Borne au Lion raconte l'Europe des frontières mouvantes, les empires disparus et la résistance héroïque. Partez à la découverte de ce symbole chargé de mémoire, niché à 1 289 mètres d'altitude entre Jura et Ain.

Qu'est-ce que la Borne au Lion ?

Ce monument frontalier fut dressé le 9 septembre 1613 au lieu-dit « Les Magras », un col qui culmine à 1 289 mètres. À l'origine baptisée « Borne de la Cléa » — un terme patois désignant une porte ou un passage — elle marque la jonction précise de trois communes : La Pesse dans le Jura au nord, Chézery-Forens et Champfromier dans l'Ain respectivement au sud-est et au sud-ouest. Son classement aux monuments historiques date du 12 janvier 1926, reconnaissance officielle de son importance patrimoniale.
La borne porte plusieurs appellations qui témoignent de son rôle historique :

  • Borne du Lion-Magras, référence à sa localisation géographique
  • Borne des Trois Empires, évoquant sa position au tripoint de trois puissances européennes
  • Point de rencontre administratif entre les départements du Jura et de l'Ain
  • Monument classé protégé par l'État français

Les trois blasons

Deux blasons sculptés en relief ornent la pierre massive. Les fleurs de lys de France parent la face sud tandis que le lion de Franche-Comté rugit sur la face nord. Ces armoiries gravées attestent officiellement la séparation entre le royaume français et les possessions espagnoles. Le procès-verbal de plantation précise pourtant que les faces tournées vers Chézery et les Bouchoux demeurent « non armoyées », c'est-à-dire dépourvues de tout emblème héraldique.
La légende du « troisième blason » persiste malgré les preuves historiques. Aucun écu savoyard n'a jamais été sculpté sur cette borne, bien que le site se trouve théoriquement au carrefour de trois territoires. Un encadrement peint en bleu, ajout récent visible sur la face sud, entretient cette illusion trompeuse. Le surnom pompeux des « Trois Empires » amplifie une réalité plus modeste : le territoire savoyard se limitait à un étroit couloir entre la Valserine et les crêtes jurassiennes, loin de constituer un véritable empire.

Une histoire de frontière (1613-1760)

Le traité de Lyon signé en 1601 bouleverse la carte européenne. Charles-Emmanuel, duc de Savoie, cède à Henri IV plusieurs territoires stratégiques, transaction formalisée par le traité d'Auxonne de 1612. Ce second accord officialise les acquisitions françaises du Pays de Gex, de la Bresse, du Bugey et du Valromey. Pour matérialiser ces nouvelles frontières, une série de bornes monumentales est plantée en septembre 1613.
La Borne au Lion ne fut pas la première érigée : cet honneur revint à la Borne de la Bune à la Combe d'Evuaz, dressée le 7 septembre. La plantation de notre monument fut reportée du samedi au lundi 9 septembre, probablement à cause des dimensions colossales de la pierre et de la solennité de la Nativité de Notre-Dame. Cette anecdote révèle l'importance symbolique accordée à ces marqueurs territoriaux par les autorités royales.
Chronologie clé

  • 1601 : Traité de Lyon (cession des territoires)
  • 1612 : Traité d'Auxonne (formalisation)
  • 1613 : Plantation des bornes frontalières

Pourquoi trois empires ?

Le tripoint théorique réunissait le Royaume de France au sud, la Franche-Comté espagnole au nord et les États de Savoie à l'est. Cette configuration géopolitique singulière s'explique par le « Couloir Sarde », bande territoriale d'environ 22 kilomètres de largeur coincée entre la Valserine et les crêtes jurassiennes. Ce corridor stratégique englobait les paroisses de Chézery, Lancrans et autres villages, servant de trait d'union vital entre la Savoie et la Franche-Comté.
Les troupes empruntaient le fameux « Chemin des Espagnols », route militaire permettant la jonction entre les possessions savoyardes et comtoises. Cet itinéraire conserva son utilité jusqu'en 1678, date à laquelle le traité de Nimègue rattacha la Franche-Comté à la couronne française. Le traité de Turin de 1760 modifia définitivement les frontières, supprimant le couloir sarde qui avait perduré près de cent cinquante ans. La configuration territoriale actuelle naquit de ces bouleversements successifs.
L'annexion finale de la Savoie par la France ne survint qu'en 1860, achevant un processus entamé deux siècles et demi plus tôt. La notion des « Trois Empires » relève davantage d'une réalité historique ponctuelle que d'une situation permanente, le couloir savoyard ayant toujours représenté une étroite enclave plutôt qu'une puissance territoriale majeure.

La Borne au Lion, refuge de la Résistance (1944)

Juillet 1944 : les combats embrasent le Haut-Jura et l'Ain. Les maquisards affrontent les forces allemandes dans des affrontements acharnés qui marquent les derniers soubresauts de l'occupation. Le colonel Romans-Petit, commandant français des Forces françaises de l'intérieur, choisit la Borne au Lion comme poste de commandement souterrain. Les crêtes jurassiennes offrent une position stratégique exceptionnelle, un sanctuaire naturel d'où coordonner les opérations de résistance.
Les combattants affluent de toute la France et même d'Europe pour rejoindre les rangs du maquis Ain-Haut-Jura. Ces hommes venus de l'Ain, du Jura et d'horizons plus lointains organisent des attaques coordonnées contre le Reich depuis leurs positions montagnardes. La borne historique devient ainsi le théâtre d'un nouveau chapitre héroïque, quatre cents ans après sa plantation, prouvant que certains lieux concentrent la mémoire collective par-delà les siècles.

Un lieu de mémoire aujourd'hui

Plusieurs blessés trouvèrent refuge près de la Borne au Lion durant les combats de juillet-août 1944. Ce monument frontalier devenu sanctuaire de guerre incarne désormais un symbole puissant de résistance et de transmission mémorielle.
La communauté entretient activement ce patrimoine :

  • Rassemblements commémoratifs annuels réunissant vétérans, descendants et citoyens
  • Mémorial édifié en hommage au maquis Ain-Haut-Jura près du site
  • Visites pédagogiques organisées pour transmettre l'histoire aux jeunes générations

Comment visiter la Borne au Lion ?

La route menant au monument n'ouvre qu'en période estivale depuis le village de La Pesse dans le Jura. L'hiver ferme l'accès automobile pendant plusieurs mois, transformant le site en destination accessible uniquement à pied pour les randonneurs aguerris. Un parking gratuit accueille les visiteurs à proximité immédiate de la borne durant la saison favorable, facilitant la découverte de ce haut lieu historique.
Informations pratiques

  • Parking gratuit à la Borne au Lion (La Pesse)
  • Accès pédestre possible toute l'année pour les marcheurs expérimentés
  • Point de départ conseillé : village de La Pesse (commune du Jura)

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